28/09/2017 News

Afrique du Sud 96 : le triomphe des Bafana Bafana

Un an après le sacre historique de l’équipe de Kitch Christie au Mondial de rugby en 1995, l’Afrique du Sud remportait, aussi à domicile, mais en football, la première Coupe d’Afrique des nations de son histoire au terme de sa première participation. Rétro.

 

Il n’existe pas mille façons de changer le cours de sa vie. Personne ne sait si Mark Williams a un jour ouvert un bouquin de Jack Kerouac, mais son histoire personnelle veut qu’il ait, lui aussi, décidé de “jouir de tout dans un seul instant” au moment de prendre le virage de la trentaine.

 

Une nuit de février 1996, à Durban : Williams tourne en rond. Drôle de destin pour un homme qui aurait pu être loin de cette angoisse, à savourer son nouvel habit de buteur de D2 anglaise, à Wolverhampton, un peu plus de deux ans après avoir quitté son Cape Town natal. Détail : au moment où Graham Taylor, ancien sélectionneur national de l’Angleterre et alors éphémère coach des Wolves, lui propose une prolongation de contrat, Mark Williams refuse et fout une partie de son futur professionnel en l’air. La raison est simple : « Étant sud-africain, et avec tout ce que Mandela avait fait pour le pays, venir et représenter mon pays plutôt que de rester dans mon confort est rapidement devenu la bonne chose à faire, expliquait-il à FourFourTwo en février 2016. Cela n’a pas été un choix facile, mais c’était chez nous et je ne pouvais pas manquer ce rendez-vous. »

 

Voilà pourquoi Williams se trouve dans cet hôtel de Durban dans la nuit du 2 au 3 février 1996. Mais son angoisse du soir est ailleurs. Le buteur des Bafana Bafana vient de perdre pour la première fois de sa vie une partie de billard contre un membre de la sélection. Tant pis si la finale de la Coupe d’Afrique des nations a lieu le lendemain, il veut rejouer pour partir dormir en paix. « Mon adversaire a refusé, mais sa femme lui a demandé de m’affronter de nouveau. Je l’ai balayé en deux minutes. J’ai pu sortir un peu, danser, boire quelques bières. Les rugbymens de la Coupe du monde 1995 (remportée par l’Afrique du Sud, ndlr) étaient là. Je leur ai dit que je voyais la compétition ainsi, et la suite appartient à l’histoire. »

 

« On était prêts à mourir pour ce maillot »

 

L’histoire, justement : un an après la victoire historique de la bande ovale de François Pienaar, sous les yeux de Nelson Mandela, le scénario s’est donc répété. Comprendre l’importance du sacre de l’Afrique du Sud à la CAN 1996, c’est d’abord replonger dans le contexte d’une équipe montée cinq ans plus tôt, mais bloquée par la suspension infligée au pays par la FIFA en 1963 tant que la politique de l’apartheid est maintenue. Cette CAN 1996 constitue donc la première participation de l’histoire des Bafana Bafana à la compétition, deux ans après avoir manqué leur qualification pour l’édition tunisienne. Élu deux ans plus tôt président de l’Afrique du Sud, Nelson Mandela a donc une nouvelle fois l’occasion de montrer au monde, par l’organisation de la CAN à la maison, l’unité de la « nation arc-en-ciel ».

 

Le tableau : l’Afrique du Sud est dans le groupe A, emmenée par le charismatique Clive Barker, et a le visage de la victime idéale. « Le déclic a eu lieu lors du quart de finale contre l’Algérie. Là, tout le monde a compris que l’on était prêts à mourir pour ce maillot », complète Mark Williams. Avant, la bande à Barker a pourtant secoué le Cameroun (3-0) et l’Angola (1-0), la défaite lors du dernier match de poule contre l’Égypte (0-1) n’ayant aucune incidence. En quart de finale, à Johannesburg, les Bafana Bafana maîtrisent au mental les Fennecs (2-1) et balaient ensuite le Ghana, force sûre du continent, du dernier carré (3-0).

 

Mandela dans un télescope

 

Le groupe sud-africain présente alors ses habitudes : chaque matin, Nelson Mandela vient partager le petit-déjeuner, chaque déplacement termine en bain de foule… En finale, face à la Tunisie, Clive Barker décide pourtant d’installer Mark Williams, devancé par la légende John Moshoeu, sur le banc. Jusqu’à la soixante-dixième minute. À la 75e, Williams a déjà inscrit un doublé pour offrir à l’Afrique du Sud une différence définitive (2-0). Le héros se souvient : « J’ai regardé vingt mètres plus loin et je pouvais voir Mandela, il pleurait. C’est comme si je regardais dans un télescope. Je voyais son visage et ses larmes de joie. » Après la rencontre, Mandela s’offre même quelques pas de danse, lui qui se servait du football pour s’évader lors de sa détention à Robben Island, et offre le trophée au capitaine Neil Tovey. Cela reste à ce jour le pic de l’histoire du football sud-africain malgré une finale continentale en 1998 et une troisième place en 2000. Comme si ce groupe avait été victime d’un succès aussi rapide qu’inattendu. Historique, malgré tout.

 

Bafana Bafana 1