14/12/2017 News

Grobbelaar, c'est l'histoire d'un fou

Légende de Liverpool et du Zimbabwe, Bruce Grobbelaar a marqué son époque grâce à un style inimitable et une gueule grande ouverte. Portrait d'un mythe.

 

Un stand-up en pleine ascension vers les sommets : Rome, son Stadio Olimpico, le 30 mai 1984. Une finale de Coupe des clubs champions, un duel royal entre le Liverpool de Joe Fagan, triple champion d'Angleterre en titre, et la Roma d'Agostino Di Bartolomei, emmenée sur son banc par le Suédois Nils Liedholm. Pour la première fois de l'histoire, une finale de C1 va se décider aux tirs au but. La moustache finement taillée, les joues luisantes, Bruce Grobbelaar est déjà à l'époque un homme de goût. « Jouer la Roma dans son propre stade pour une finale de C1 était une belle expérience, racontait-il il y a quelques années. On est arrivés en premier dans le tunnel avant le match. En les attendant, on a décidé de chanter une chanson – I Don't Know What It Is But I Love It de Chris Rea – parce que Graeme Souness et Craig Johnston venaient de Middlesbrough. Plus on attendait, plus on chantait fort et quand les joueurs de la Roma sont arrivés, ils étaient un peu choqués ; alors Souey nous a dit : 'Nous les tenons !' » Il faudra plus de 120 minutes pour départager deux équipes qui se sont répondu avec Phil Neal à l'ouverture du score, Roberto Pruzzo à la réaction. Tout se décide alors lors d'une séance de tirs au but devenue historique avec Grobbelaar dans le rôle du héros, en deux temps : en mordillant les filets pour déconcentrer Bruno Conti d'abord, en sortant ses spaghetti legs face à Francesco Graziani ensuite. Liverpool soulève la séance et la quatrième C1 de son histoire. Bruce Grobbelaar, lui, vient définitivement d'entrer dans la légende sur une intuition : « Je me suis dit qu'on était à Rome, dans un pays où le plat national est les spaghettis, donc j'ai fait les spaghetti legs, voilà tout. »

 

Baseball, crâne dépoilé et boulettes

 

Drôle d'histoire que celle de Grobbelaar, né à Durban il y a soixante ans, passionné de cricket durant l'enfance, parti aux États-Unis pour devenir joueur de baseball et devenu ensuite gardien le plus titré de l'histoire de Liverpool plus de vingt ans plus tard. Évoquer son nom, c'est d'abord ouvrir un chapitre entier de l'histoire du foot anglais, des pages où se croisent Paul Gascoigne, Cantona, Waddle, Tony Adams, la tragédie d'Hillsborough, celle du Heysel, le foot à l'ancienne et ses odeurs pas toujours recommandables. C'est aussi rencontrer la folie d'un homme aux mille vies, qui a connu la guerre civile dans son pays, le Zimbabwe, et aura même été un temps soldat à la frontière de la Rhodésie. Que retenir de Grobbelaar ? Son style, évidemment, entre un crâne dépoilé et des tenues multicolores incapables de masquer un regard bovin. Pour lui, tout a commencé dans l'Afrique du Sud de l'apartheid – aux Highlands Park, à Durban City –, mais surtout sur un prêt décisif à Crew Alexandra lors de la saison 1979-1980 qui lui permettra d'être repéré par un recruteur de Liverpool sur un penalty arrêté. L'idée des dirigeants des Reds, à son arrivée en 1981, est simple : remplacer le mur Ray Clemence, ce que Grobbelaar va réussir à faire avec autorité et pas mal de boulettes. Au bout, soit en 1994, après un peu moins de 450 matchs avec le club, cela donnera six titres de champion d'Angleterre, une C1, trois FA Cup et trois League Cup, entre autres.

 

« Je suis arrivé dans ce pays avec 10£ en poche »

 

Reste que si l'on se souvient de Bruce Grobbelaar, c'est aussi pour autre chose, notamment sa grande gueule. L'homme est un blanc, mais un blanc raciste, ce qui le poussera à craquer un jour face à l'un de ses coéquipiers, Howard Gayle : « Si tu étais de la jungle, à ta vraie place, je te tuerais. J'avais l'habitude de tirer sur des gens comme toi. » Une tache sur le tableau, comme sa tête en une du Sun en 1994 avec une accusation terrible : une prétendue implication dans un scandale de matchs truqués au profit d'une organisation de paris sportifs. Grobbelaar est alors accusé de corruption, enchaîne les rendez-vous au tribunal, pousse le tabloïd devant la justice et se voit ordonné quelques mois plus tard par la Chambre des Lords de rembourser les frais judiciaires au Sun, ce que le mythique gardien est incapable de faire. De là naîtra sa plus belle phrase : « Je suis arrivé dans ce pays avec 10£ en poche, et une fois que la Chambre des Lords en a eu fini avec moi, je n'avais plus qu'1£. Quelle vie j'ai eu avec 9£. » Une vie qui s'étire aujourd'hui en Afrique du Sud où il tente de se construire une vie d'entraîneur. Pas simple, mais Bruce l'affirme : la vie est belle.

 

 

Bruce Grobbelaar, le portier du Zimbabwe