12/05/2017 News

Vibrez pour la CAN U17 Total 

Ils sont jeunes, ils sont talentueux, ils sont ambitieux. Dès demain, les plus grands espoirs issus des huit pays africains qualifiés vont s’affronter dans le cadre de la CAN U17 Total, organisée au Gabon. Entre pression populaire, matchs au couteau et ambitions personnelles, une chose est sûre : vous aurez votre dose d’émotion. – CG

Cela fait deux ans déjà qu’ils ruminent dans l’ombre, dans un savant mélange d’impatience et d’anxiété. Enfin, le moment est arrivé. Pour les jeunes talents du continent, la CAN Total des moins de 17 ans est le rendez-vous à ne pas rater, le premier tournoi d’ampleur internationale dans des carrières qui alterneront par la suite entre ombre et lumière. Un but, une occasion ratée, une performance remarquée, et c’est une vie qui bascule sous les yeux des recruteurs du monde entier, venus scruter les inspirations des successeurs désignés de Samuel Kuffour, Nwankwo Kanu ou Seydou Keita, illustres retraités pour qui tout a commencé à cet échelon, dans cette compétition confidentielle, qui sacre les espoirs de demain et saborde les rêves de grandeur de la majorité.

 

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Engouement populaire

Il faut aller en Afrique, humer l’atmosphère des rues sèches et poussiéreuses, écouter les chauffeurs parler football sans arrêt dans leurs taxis cabossés, et connaître la ferveur des soirs de victoire pour comprendre ce que représente un tel événement ici. Souvent snobés en Europe, les tournois de jeunes sont sur le continent africain une affaire de passionnés, plébiscités par un public toujours nombreux. D’abord, parce que les pépites africaines ne restent jamais longtemps sur le continent, et que toute occasion de les admirer est un privilège dont il faut profiter. Ensuite, parce qu’un titre continental est toujours une fierté, quelle que soit la catégorie d’âge. Au tableau des honneurs, le Nigéria, le Ghana et la Gambie trustent les premières places, avec deux victoires chacun au palmarès, en à peine onze éditions. Le club des trois pourrait s’agrémenter cette année d’un quatrième membre si le Mali, tenant du titre, parvient à concrétiser sa quête de doublé. Qualifié de dernière minute à cause de la disqualification de la RDC, la Tanzanie tentera elle de créer la surprise aux côtés du Niger, de la Guinée, du Cameroun, de l’Angola et du Gabon.

 

Ambitions individuelles

Mais il ne faut pas s’y tromper. Derrière les ambitions sportives, les espoirs patriotiques, les hymnes nationaux, la Coupe d’Afrique cadets reste avant tout le creuset d’ambitions individuelles longtemps fermentées. Devenu par la force des choses le moyen le plus simple de changer d’horizon, le football concentre les ambitions de jeunes sportifs qui n’ont de richesses que leurs rêves. Aussi aérienne que puisse sembler leur foulée sur le gazon râpé, ces derniers portent sur leurs épaules le poids de lourdes responsabilités, parfois les attentes de familles entières. Sur le terrain, ce ne sont donc pas vingt-deux enfants qui s’affrontent, mais bien des guerriers animés par la rage de vaincre. C’est pourquoi la CAN est un condensé d’émotions pures. Souvent dramatiques, les matchs sont le théâtre d’affrontements à couteaux tirés, de tacles musclés et d’interminables séances de tirs au but, à même de satisfaire les amateurs de suspense haletant.

 

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Destins croisés

Une chose est sûre : du 14 au 28 mai, nous allons tour à tour exulter, hurler, trépigner, se prendre dans les bras et pleurer. Après le dénouement final, il nous restera des joies et des peines, des souvenirs immarcescibles, des histoires à raconter. On aura aussi de quoi disserter sur les promesses fraîchement écloses, comme celles qu’incarna un jour Nii Lamptey, incroyable attaquant ghanéen né dans les faubourgs d’Accra, qui écrasa autrefois la compétition de son talent. À seulement 16 ans, ses performances hors normes lui valurent un transfert ultra-médiatisé à Anderlecht et un statut officiel d’héritier de Pelé. « Certains en venaient carrément aux mains pour me recruter », s’amuse-t-il aujourd’hui, depuis son domicile au Ghana. « Un soir, la police a dû m’escorter jusqu’à chez moi… Je rendais les gens fous ! Moi, je voulais seulement jouer au foot, je ne comprenais rien. » Las ! Entre arnaques de son agent, tragédies personnelles et voyages aux quatre coins du globe, le joueur disparaîtra rapidement des radars à la fin des années 1990, telle la comète de Haley.

 

Tremplin vers les sommets

D’autres, pourtant, réussiront là où il a échoué, et perpétueront le rêve de gloire des jeunes du continent. À l’image peut-être d’Isaac Success, le bien-nommé. Auteur de sept buts en cinq matchs lors de l’édition 2013, le phénomène nigérian échouera en finale contre la Côte d’Ivoire, avant d’exporter son talent à l’Udinese, à Grenade puis à Watford. Des terrains vagues de Benin City aux pelouses immaculées du Vieux continent, son destin aura basculé en très peu de temps. « En Afrique, nous luttons au quotidien, a-t-il expliqué dans la presse anglaise, fier de son ascension express vers les sommets. Nous devons nous battre et continuer à croire que ce que nous faisons chaque jour nous créera un chemin. » Une success-story qui rappelle, plus que jamais, la vocation de tremplin de cette Coupe d’Afrique des U17, qui s’annonce cette année particulièrement relevée. Mais avant que le rêve ne devienne réalité pour les nombreux aspirants, il y a un match à jouer sous le soleil brûlant. Tout commence ici et maintenant, au son des vuvuzelas. Et qui sait où tout cela nous mènera…