30/10/2017 News

Weah : de Mister George à Mister President

Un jour, George Weah a été Ballon d’or. Bientôt, il sera peut-être président de la République du Liberia. Douze ans après sa première campagne, l’ancien attaquant du PSG est arrivé en tête du premier tour la semaine dernière et n’a jamais semblé aussi près de réaliser son rêve présidentiel.

 

La présidence d’un pays est un gardien de but compliqué à franchir. Aux États-Unis, Nixon s’y est repris à deux fois. Trois en France pour François Mitterrand et Jacques Chirac. Depuis qu’il ne transpire plus dans un maillot de football, George Weah sue lui aussi à grosses gouttes dans son costume-cravate pour accéder au pouvoir suprême au Liberia. Ça fait douze ans que Mister George toque à la porte de la présidence de son pays natal, et en 2005, pour ses grands débuts en politique, il avait déjà gratté un peu plus de 40 % des voix. Le Liberia sortait alors des années de mandat de Charles Taylor, depuis condamné pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre, et une transition politique avait dû être organisée par l’ONU pour que le pays retrouve une certaine stabilité. Âgé de trente-neuf ans et pas encore totalement retiré des terrains, George Weah avait foncé tête baissée dans la bataille malgré le flot des critiques. Trop jeune, pas assez expérimenté, absent du pays lors des années de guerre civile, habitué au confort de la vie de footballeur professionnel, Weah s’était fait secouer durant la campagne avant de laisser la victoire finale à Ellen Johnson Sirleaf, qui devenait au passage la première présidente élue du Liberia.

 

 

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Volé en 2005 ?

 

Après deux mandats, cette dernière n’avait pas le droit de se présenter une troisième fois cette année. Alors douze ans après son premier assaut, George Weah est revenu à la charge. Dans une interview au site de Jeune Afrique en mai dernier, il tapait du poing sur la table : « Je suis le choix des Libériens. » Il jurait même que l’élection de 2005 n’était pas nette : « En 2005, la commission électorale n’était pas libre et transparente. (…) J’aurais gagné. En fait, on a gagné dès le premier tour. L’élection nous a été volée. » Les reproches sur son inexpérience ont été gommés avec le temps, et lors de la présidentielle de 2011, Weah avait accepté de rester en retrait en ne se présentant qu’à la vice-présidence. Trois ans plus tard, en 2014, il obtient son premier mandat d’élu en devenant sénateur de Monrovia, la capitale où il est né et où il a grandi. Bref, Weah n’a jamais semblé aussi bien placé pour entrer dans le costume de président et compte sur sa notoriété mondiale pour aider son pays : « Au Liberia, qui a plus de crédibilité que moi ? L’image du Liberia à l’étranger, c’est mon visage. Quand on parle du Liberia, les gens disent “Ah, c’est le pays de George Weah.” »

 

« Je serai toujours ici »

 

Sauf que Weah a beau avoir patienté et s’être fait élire sénateur, ses adversaires politiques trouvent encore à rechigner. Nelson Mandela lui-même avait qualifié l’ancien Ballon d’or de « fierté de l’Afrique », mais le manque de convictions politiques de Weah reste un vrai sujet de railleries au Liberia. En effet, ses discours de campagne sonnent parfois creux et ressemblent plutôt à un enchaînement de phrases fourre-tout. Il promet des écoles, des hôpitaux, des emplois, sans vraiment expliquer comment il va s’y prendre, mais les électeurs sont pour l’instant au rendez-vous et viennent de l’envoyer en tête du premier tour le 10 octobre dernier en attendant le second dont la date sera fixée le deuxième mardi suivant les résultats définitifs du premier round. Comme dernier adversaire, les Libériens lui ont offert Joseph Boakai, soit le vice-président d’Ellen Johnson Sirleaf. Un beau morceau qui va être au moins aussi dur à dribbler que les grands gardiens des années 1990. D’ailleurs, que les fans de Weah le footballeur se rassurent : si leur héros est élu président, il continuera de s’offrir quelques dribbles dans son quartier natal de Monrovia où il a gardé des amis. Ainsi, il déclarait à l’AFP avant le début de la campagne : « Même si je suis élu président du Liberia, on me verra jouer ici. Je serai toujours ici. » Et s’il est battu ?

 

 

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